On ne fabrique pas des leaders comme on fabrique des Porsche

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Qu'est-ce qu'un leader ? Comment on le fabrique ? Mon parcours de chasseuse de tête et de militante associative m'a permis de rencontrer des centaines de Leaders : Patrons de CAC40 ou PME, Entrepreneurs, Présidents de fédération... J'ai accompagné certains dans leur développement, ce qui m'a permis de comprendre au plus près leur fonctionnement. Je vous livre ici quelques pistes.

LEADER = MAIN DE FER DANS UN GANT DE VELOURS ? (ou main douce dans un gant de boxe ?)

Etre un leader, est-ce être capable de fermeté, de dureté, d'impact ? Ou au contraire, un leader est-il celui qui exprime de la souplesse, de la bienveillance, de l'influence ?

Tout ce qui est binaire est faux. Un leader n'a pas à être ferme ou souple. Dur ou gentil. Imposant ou accueillant. Un leader est celui qui sait être tout cela à la fois en fonction de ce que la situation exige. Un leader décide avec fermeté et agit avec souplesse. Il s'impose de la discipline autant qu'aux autres. Il accepte ses erreurs et pardonne celles de ses proches. Il guide ses équipes avec rigueur et les accompagne avec bienveillance.

Le leader est celui qui bénéficie d'une large amplitude de comportements lui permettant de s'adapter à toute situation et de montrer l'exemple.

LE LEADERSHIP EST UN ART (et tout le monde n'est pas artiste)

Les sciences du management proposent des méthodes imparables et duplicables pour manager les hommes et les organisations. Ces méthodes sont connues et enseignées par les écoles de management. Elles se reproduisent et s'enrichissent de manière empirique. Mais la transmission de ces seules méthodes ne parvient pas à fabriquer des leaders.

Car intrinsèquement, un leader ne se fabrique pas. On peut enseigner au leader les bonnes méthodes pour décider rapidement et avec discernement mais lui seul saura convoquer sa conscience supérieure pour bien choisir dans des moments fatidiques. On peut enseigner au leader le sens de la stratégie mais lui seul saura développer une vision à long terme sur laquelle asseoir la stratégie. On peut enseigner au leader la manière d'inspirer les hommes mais lui seul peut ressentir le souffle qu'il retransmettra à ses équipes. 

On ne se décrète pas leader, comme on ne se décrète pas artiste ; le leadership se cultive mais ne s'enseigne pas.

UNE GRAINE DE CACTUS NE DEVIENDRA PAS UN BAOBAB GEANT 

Il est urgent de distinguer les vrais potentiels de leader des petits chefs en puissance. Les organisations sont "gangrenées" pas des cadres à des postes de leadership qui ne sont fondamentalement pas des leaders. Les meilleurs séminaires de développement personnel du monde ne sauront métamorphoser une graine de cactus en baobab géant !

Un leader se reconnait par des qualités innées de décision, de vision et d'impact sur son environnement. Le leader est celui qui décide vite et ne revient pas sur ses décisions - si vous hésitez le matin entre deux chemises, vous avez la réponse ! Le leader détecte immédiatement les forces en présence de manière instinctive. Il "sent" les choses avant de les comprendre. Nul besoin pour lui d'avoir tous les paramètres d'une situation avant d'agir. Enfin, sa personne suscite l'intérêt des autres. Sa seule présence dans une salle tient en éveil ; avant même qu'il prenne la parole, tous les yeux sont rivés sur lui.

Le leader porte en lui des qualités propres pour impacter son environnement de manière décisive. Ses qualités sont souvent innées ; plus ponctuellement, elles peuvent apparaitre suite à un événement impactant profondément sa personne et suscitant un saut de conscience.

CONCLUSION

Le reconnaissance de ce qu'est fondamentalement le leadership est cruciale pour le développement de notre société et de notre économie. La France "crève" du manque de leaders sur les fonctions les plus stratégiques, trop souvent occupées par des gestionnaires. (La finance ne devrait-elle pas être au service du leadership et de la vision plutôt que l'inverse ?)

C'est à chacun de reconnaître, en son âme et conscience, sa propre capacité de leadership et à ne pas se leurrer. Les imposteurs participent de l'inertie des organisations. 

Enfin, si vous vous sentez l'âme d'un leader, alors vous avez de grandes responsabilités. La première d'entre elles est de développer votre leadership serviteur : mettre vos capacités de vision et d'impact au service de causes supérieures. Je vous invite à lire les travaux de Robert K. Greenleaf sur le sujet : http://www.wikiberal.org/wiki/Leadership_serviteur

PS : Je n'ai pas féminisé tous le noms et adjectifs de mon texte. Soyons conscients que le leadership n'a pas de genre mais que le genre impacte le style de leadership. 

Cet article a été écrit et publié le 14 mai 2016 sur le profil Linkedin de Solenn Thomas. Il est toujours d'actualité...

 
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